• Roland

    Isabeau de Porcelet

    Roland dit Casse Cailloux
    Je me nomme Roland et je suis né vers l’an 1173 en Provence (encore rattachée au Saint Empire Romain Germanique) du coté du pays d’Arles, où, parmi toutes les familles de chevaliers vassi urbis Arelatensis, réside l’une des plus puissantes d’entre elles, les de Porcelet.

    Je suis l’aîné d’une famille d’artisan libre. En effet, mon père est tailleur de pierre Lombard, il est venu travailler avec quelques compagnons sur les nombreux chantiers d’abbaye, qui emploient entre autres, leurs propres moines convers pour l’édification de leurs temples. Il y a tant de travail que les abbés font appel en plus, à de la main d’œuvre qualifiée pour la construction de leurs édifices religieux. Les maçons Lombards sont des tâcherons très appréciés pour leur savoir et leur savoir faire et offrent leur services contre rémunération.

    Moi, et bien comme toute ma famille, je suis mon père dans ses voyages ; c’est pour cela que je suis né en Provence car cette année là mon père travaillait dans le pays d’Arles, et plus précisément à Saint Gilles. Il faut savoir que sous l’influence du pape Grégoire VII, le monastère de Saint-Gilles est rattaché à Cluny. Il connaît, en ce temps-là, une période de grande prospérité. Cette protection et les reliques assurant de bons revenus à la communauté, un projet de construction d’une nouvelle église est alors lancé. Ce chantier se déroule essentiellement au XIIe siècle, époque à laquelle est sculptée la façade. Et c’est sur ce premier chantier que mon père officie en temps que tailleur de pierre. Il fait la rencontre sur place d’un manouvrier, le père de Freval qui deviendra plus tard l’intendant de Guilhem de Porcelet.
    Le monde est petit, parfois !!!!

    En 1188, alors que les de Porcelet battent dans une guerre privée la maison de Fos, victoire qui leur permet d’agrandir leur domaine dans le pays de l’étang de Berre et dans la ville d’Aix, je suis comme à notre habitude notre père toujours employé par les bénédictins résidant en pays d’Arles. Cette fois c’est à la construction du cloître de l’abbaye Saint-Pierre de Montmajour, abbaye bénédictine fondée en 948, à environ quatre kilomètres au nord-est d’Arles au milieu de terres marécageuses données aux religieux, que le chantier se déroule et ce pendant de nombreuses années (le cloître est construit de 1140 à 1290). Et c’est dans ses murs rassurants, au milieu des convers et des artisans libres du chantier que j’apprends le métier, auprès de mon géniteur, sous le statu de "Lapin" (apprenti tailleur de pierre).

    Dans cet abbaye qui deviendra l’une des plus riches de Provence, j’y ai tant appris : j’ai vécu là bas mes plus belles années aux rythmes du chantier. Les hivers, qui ne sont pas propices au travail en plein air, les tailleurs de pierre se retrouvent sous la loge pour continuer leur tâche. Les travaux dans les carrières sont arrêtés. Les blocs acheminés sur le chantiers de l’abbaye sont transporté sous la loge. Là, à l’abri des intempéries, les tailleurs de pierre, à l’aide de molles et autres gabarit continuent leur travail. Les pierres seront prêtes à être appareillées pour le retour des beaux jours. Profitant de ce répit, j’étudie l’art du tracer, la géométrie et les règles de construction Pythagoriciennes. De longues heures de pratique me permettent de m’affranchir de mon statu d’apprenti. L’étude des tracés à l’aide de la corde à douze nœuds m’amène à concevoir des volumes dans l’espace, à jongler avec les angles droits et à aborder les figures complexes des arcs dessinant les voûtes en plein cintre, typiques des espaces harmonieux des constructions Romanes. Mais la géométrie, n’est pas la seule de mes préoccupations : Lire et écrire, compter et s’adonner à l’arithmétique est tout aussi capital pour un jeune tailleur de pierre. Conscient que mon travail doit se nourrir d’aptitudes intellectuelles et de compétences multiples, je ferai tout ce qu’il m’est possible pour devenir un imagier respecté et pourquoi pas devenir maître d’oeuvre, maniant virga, et archipendule sur un chantier dédié à la construction de cathédrales.

    Mais dès que les jours rallongent, la vie de chantier reprend de plus belle et me laisse peu de temps à mes rêves : je retrouve d’autres artisans : hûchiers, charpentiers, maçons et tailleurs de pierre tous unis dans un effort collectif pour assembler les pierres qui donneront vie au cloître du monastère. C’est en répétant jours après jours les gestes de la taille, maniant le taillant et la polka, que je dresse les faces une après une de centaines de pierres ...

    Deux années de labeurs !! Nous sommes en 1190 et Philippe Auguste se joint à Richard d’Angleterre pour la troisième croisade en terre sainte ! j’ai ouï dire que Fréval, le fils d’un très bon ami de mon père est parti combattre les infidèles. Moi je ne pense pas à ces choses là, je ne rêve que de bel ouvrage et préfère manier maillet et ciseaux qu’épées et bouclier. Pourtant je suis sur que la même foi nous anime : se mettre au service d’une juste cause ! L’un au service de Dieu en luttant contre les infidèles, l’autre, au service de Dieu aussi, en construisant à sa gloire de nouvelles nefs de pierre. Et les chantiers dans le pays d’Arles ne manquent pas. Mais c’est aussi une années triste car mon père meurt, me léguant ses outils, on savoir et me confiant une dernière tâche : continuer dans cette voie.

    Bien des années ont passées depuis, je me suis mariée à ma belle Adèle et ai eu l’immense bonheur d’avoir une petite Ameline ... Lorsque, en 1206, le bruit court que Sire Guilhem de Porcelet cherche un maître bâtisseur pour diriger le chantier de sa modeste demeure seigneuriale. Nous sommes à la foire de Saint Gilles, Messire Guilhem de Porcelet et Dame Isabeau rencontrent Ameline venue vendre ses charmantes poteries. Je ne suis pas loin de ma petite potière, et entre nous, deux hommes de conditions sociales éloignées, s’établit rapidement une relation respectueuse : Nous ne croyons pas aux coïncidences, nous savons que la main de Dieu façonne nos destins, Guilhem ne peut concevoir de ne pas me revoir : Moi le fils d’un artisan qui a travaillé pour sa famille en l’église des Porcelet, moi le fils d’un homme très ami avec le père de Freval, son homme de confiance. Dieu a décidé de nous mettre sur la même route, et Guilhem décide que nous ferons un petit bout de chemin ensemble, et c’est ainsi que je suis devenu le maître d’ouvrage de messire Guilhem de Porcelet.
     

     

     


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